Quelques jours plus tard, en fin d 'après midi , à peine Anne-Sophie eut-elle passé le pas de sa porte qu'elle s'effondra sur son lit en poussant un long soupir traduisant bien sa fatigue. Elle revenait d'un entraînement particulièrement épuisant de karaté. Et elle qui pensait avoir un bon niveau ! On peut dire qu'ils ne lui faisaient aucun cadeau ! Depuis son arrivée en France non seulement elle s'entraînait tous les jours avec des combattants aguerris, mais en plus elle devait les suivre sur le terrain pour sa formation.
Ah, c'était vraiment autre chose que les journées tranquilles au lycée à suivre des cours où elle excellait. Le lycée... inexorablement ses yeux se posèrent sur la photo qui se trouvait sur sa table de chevet. Elle l'avait sortie de sa valise seulement hier soir... Avant c'était encore trop douloureux. On l'y voyait, heureuse, dans les bras de Tommy en costume. Elle-même portait une superbe robe rose pâle en satin, dos nu et corsage avec lacets devant. Ils s'étaient tous les deux retrouvés par hasard au mariage d'un ami, le Texas ranger Walker avec le substitut du procureur Alex Cahill. Sans vraiment se concerter, ils passèrent la journée ensemble, à rigoler, s'amuser etc... En une journée ils en avaient appris plus sur l'autre qu'en 5 mois dans le même lycée. Elle l'avait trouvé si beau dans son costume, alors pourquoi ne pas en profiter ? Elle n'avait pas voulu penser aux conséquences, elle savait bien qu'après cette journée il ne lui adresserait plus la parole au lycée, alors elle s'était laissée aller avec lui. C'est ce jour là sans aucun doute qu'elle était tombée amoureuse de lui. Elle le trouvait déjà séduisant avant, mais il était si inaccessible... Là il s'était emparé de son c½ur. Elle l'avait compris au moment où elle avait reçu le bouquet de la mariée. Il lui avait dit : « Seule une jeune fille amoureuse est digne de ces fleurs ! A qui donc as-tu donné ton c½ur, jolie fée ? ». Voulant cacher son trouble elle lui répondit également par une boutade : « A un elfe, qui m'emmènera bientôt vivre au milieu des bois. » ( maxi référence à legolas ) Et alors il fit une chose vraiment attendue : il la serra fort dans ses bras, la chatouillant légèrement et lui soufflant à l'oreille d'une voix rauque : « Dans ce cas il devra d'abord me défier et me vaincre avant de t'enlever à moi ! » Avant qu'elle n'ait le temps de se poser des questions sur le sens de ses paroles, un photographe s'approcha d'eux. Tommy se plaça légèrement derrière elle toujours en la serrant dans ses bras, elle était plus qu'heureuse de ce contact et ça se voyait, Tommy également souriait du plus beau de ses sourires.
Ouh la, elle devait être tout particulièrement fatiguée pour repenser à tout ça... Soudain elle se releva, prit un CD et la mit en route dans sa chaîne.
C'était une chanson qu'elle avait découverte peu de temps après son arrivée en France. Elle avait toujours beaucoup aimé la plus grande réussite de Shakespeare « Roméo et Juliette » et elle était tout de suite tombée sous le charme de la comédie musicale. Alors elle s'enferma dans sa chambre, ouvrit la fenêtre, et, sous l'impulsion du moment, elle se mit à chanter en suivant la mélodie. En général elle n'aimait pas chanter, elle pensait toujours chanter faux. Cette mélodie était triste, si triste ....
Pourquoi rester à vieillir
Dans ce monde où tu n'es plus
Est-ce qu'on a le droit de choisir
Quand celui qu'on aime pour vous se tue
Ne cherchez pas à nous comprendre
Ne cherchez plus rien de nous
Brûler d'amour vous laisse en cendres
Mais restez cachés au froid chez vous
Moi je meurs d'amour
Moi je meurs d'amour
Ses pensées la ramenèrent à ce jour, malgré les paroles d'une tristesse infinie, elle, ne pouvait s'empêcher de revivre cette journée. Après que la photo fut prise et que le photographe se soit éloigné, Tommy ne l'avait pourtant pas lâché. Elle était toujours dans ses bras, ne disant rien, profitant juste du moment qui s'offrait à elle. C'est lui qui le premier avait brisé le silence. « M'accorderas-tu cette danse ? » Elle lui répondit oui immédiatement, c'est seulement en arrivant sur la piste de danse qu'elle s'aperçut qu'il s'agissait d'un slow, qui ressemblait étrangement à la musique qu'elle écoutait actuellement, sans doute était-ce pour cette raison qu'elle lui rappelait autant de souvenirs. Son c½ur s'était mis à battre si fort, si fort... il l'avait enlacée et la regardait avec une lueur étrange dans les yeux. Elle n'avait rien dit, détournant son regard et posant sa tête sur son épaule. A la fin de la danse, il l'avait prise par la main et l'avait emmené dans un endroit isolé et à nouveau l'avait serrée très fort dans ses bras. A ce moment son c½ur menaçait sérieusement d'exploser. Elle était à la fois terrorisée et impatiente. L'attente ne fut pas longue : « Anne-Sophie, veux-tu devenir ma petite amie ? ».
Roméo, Roméo
La vie sans toi n'est qu'un mot
Roméo je t'aime trop
Pour que ce soir le jour se couche
Sans le goût de toi sur ma bouche
Roméo, Roméo
J'arrive attends-moi là-haut
Roméo je t'aime trop
Pour que demain le jour se lève
Sans le goût de toi sur mes lèvres
Anne-Sophie ferma les yeux et se laissa bercer par la musique. A chaque fois qu'elle revoyait ce moment c'était toujours la même chose. Elle pouvait sentir la joie qui l'avait envahie à ce moment là. Et surtout elle savait qu'il n'était pas en train de jouer avec elle. Alors elle s'était blottie dans ses bras encore plus et avait répondu oui. Alors Tommy lui fit un sourire qu'elle ne pourrait jamais oublier ! A ce moment elle s'est dit qu'elle ferait tout pour le garder et pour qu'il l'aime ne serait-ce qu'un peu. Car à cette époque la réputation de Tommy n'était pas des plus flatteuses. On racontait dans tout le lycée qu'il collectionnait les filles. Mais elle s'en fichait. Ils étaient donc officiellement devenus un couple. La nouvelle circula très vite au lycée. Et dès le lendemain tout le monde était au courant. De plus Tommy ne la quittait plus et était particulièrement attentif. Bref on pourrait croire qu'elle était heureuse mais pourtant quelque chose n'allait pas. Elle se souvenait de ses doutes à l'époque, elle était sérieuse dans cette relation et elle attendait tellement de Tommy. Bref elle voulait plus. Cependant jamais elle n'avait pu se résoudre à le quitter. Aussi petit à petit avait-elle commencé à se sentir mal ... mais un jour tout avait basculé. Environ 2 semaines après le mariage, Tommy l'invita pour une promenade à cheval dans un ranch. Tout se passa très bien et après ils allèrent pique-niquer dans le parc. A la fin il lui donna un petit paquet. Elle avait été tellement émue en découvrant à l'intérieur cette photo, prise pendant le mariage où ils semblaient si heureux... le goût de ses lèvres, c'est à ce moment qu'elle y goûta pour la première fois. Elle s'était mise à pleurer à ce moment là en voyant cette photo, et Tommy l 'avait alors prise dans ses bras, lui disant qu'il l'aimait si fort, qu'il ne voulait pas la perdre jamais, et surtout qu'il voulait revoir ce sourire sur son visage. Alors il se pencha doucement et posa ses lèvres sur les siennes dans un baiser d'une douceur infinie.
Peut-être aurez vous de la peine
Moi j'en ai eu tellement pour vous
Je vous laisse avec votre haine
Mais laissez-moi partir loin de vous
Moi, je meurs d'amour
Moi, je meurs d'amour
Elle avait aujourd'hui beaucoup d'autres souvenirs à chérir, tellement de moments merveilleux qu'elle avait partagé avec lui. Mais cette photo représentait beaucoup à ses yeux. Sans doute était-ce pour ça qu'elle avait mis se longtemps à la ressortir. Deux semaines ... ça faisait déjà 2 semaines qu'elle était en France. Et pourtant elle ne lui avait pas écrit, ni même appelé. C'était trop dur. Sa voix seule ne lui suffisait pas. Lui écrire une lettre ? Elle en avait commencé des dizaines mais n'avait jamais pu les finir, tous ses mots lui paraissaient si dénués de sens. Partie loin de lui, elle n'aurait jamais cru que ça ferait aussi mal. Mais elle n'allait pas abandonner, elle ne se le pardonnerait pas. Alors quand le souvenir devenait trop fort, elle chantait. Ça l'apaisait et lui faisait du bien. Imaginant que Tommy, de l'autre côté de l'atlantique, entendait ses paroles et la soutenait. Elle ne doutait pas une seule seconde qu'il pensait à lui, mais elle ne comprenait pas pourquoi lui non plus ne lui écrivait pas. Encore qu'il n'avait jamais été très doué pour écrire... Peu importe, elle serait forte comme elle lui avait silencieusement promis ce jour-là à l'aéroport. Elle admirait le courage de Juliette, morte pour celui qu'elle aimait. Elle, la personne qu'elle aimait était si loin si loin... Mais ses pensées s'arrêtèrent là d'elle-même. Et Anne-Sophie mit tout son c½ur dans la fin de la chanson. Comme si mourir en mélodie empêchait à son c½ur de se briser pour de bon.
Roméo, Roméo
La vie sans toi n'est qu'un mot
Roméo je t'aime trop
Pour que ce soir le jour se couche
Sans le goût de toi sur ma bouche
Roméo, Roméo
J'arrive attends-moi là-haut
Roméo je t'aime trop
Pour que demain le jour se lève
Sans le goût de toi sur mes lèvres
Dans ce dernier refrain Anne-Sophie remplaça le nom de Roméo par celui de tommy. Puis fermant les yeux elle termina la chanson, versant une unique larme silencieuse. Elle pouvait le sentir, tandis qu'il la prenait dans ses bras, la réconfortant en lui murmurant des mots d'amour. Et elle se laissait aller à ce doux rêve.
Elle savait que ce n'était que son imagination mais ça avait suffit à la réconforter et à lui donner le courage de continuer. Car tout de même, malgré tout, ce stage lui plaisait et elle était passionnée par tout ce qu'elle apprenait. Seulement quand la fatigue était trop forte elle se laissait submerger par les souvenirs c'était dans sa nature. Elle entendit sa tante l'appeler pour le dîner. Alors lentement elle pris la photo et la regarda en souriant. Bien que le sourire qu'affiche Tommy lui manqua affreusement, elle avait mûrit ces derniers temps. « Je t'aime tellement. » Puis elle reposa le cadre à sa place et sortit pour prendre un dîner qu'elle avait certes bien mérité.
A table :
- Alors, ce cours de karaté ? demanda Isabelle
- Epuisant... je n 'ai jamais vu un cours comme celui là, j 'ai cru que j 'allais mourir... Nicolas, tu peux me passer le pain, s 'il te plaît ?
Il ne bougea pas.
- Nicolas....
On frappa à la porte.
- Entrez Cluzeau.
- Bonsoir adjudant-chef. Je pars en boîte, je voulais savoir si Anne So voulait m 'accompagner ?
- Oui, ça me changera les idées.
- Très bien, ne rentre pas trop tard, recommanda Isabelle.
Ils partirent.
- Nico, qu 'est ce qui se passe ?
- Il se passe qu 'on héberge une fille, la nièce de papa, c 'est la première fois que je la vois et tu veux que je fasse comme si de rien n 'était ?
Isabelle n 'eut pas le temps de répondre, Nicolas s 'enferma dans sa chambre en claquant la porte.
Par Stéphanie et Anne Sophie